Article N° 8341

RECHERCHE CLINIQUE - MAROC - AFRIQUE - FMIIP

Le Maroc face au défi de la recherche clinique

Abderrahim Derraji - 18 mai 2026 18:28

Pendant longtemps, la recherche clinique a été perçue comme un domaine réservé aux grandes puissances scientifiques. Les essais thérapeutiques, les innovations médicales et les nouveaux médicaments continuent d’être mis au point loin du continent africain, comme si l’Afrique devait se contenter d’être un simple marché de consommation plutôt qu’un espace de production du savoir médical. Pourtant, de nombreux pays pourraient inverser cette tendance.

Car l’Afrique dispose aujourd’hui de tous les ingrédients pour devenir un acteur majeur de la recherche clinique mondiale : une population jeune, une diversité génétique exceptionnelle, des besoins sanitaires immenses et des professionnels de santé de plus en plus qualifiés. Ces atouts constituent les éléments nécessaires pour stimuler la recherche clinique dans de nombreux pays du continent.

La pandémie de Covid-19 a constitué un bon exemple de ce potentiel. En effet, plusieurs pays africains ont démontré leur capacité à conduire des essais cliniques selon les standards internationaux les plus exigeants. Le Maroc, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Kenya, l’Égypte ou encore le Sénégal ont montré qu’il existait sur le continent des investigateurs compétents, des centres hospitaliers performants et des équipes capables de collaborer avec les plus grands acteurs mondiaux de la santé.

Mais malgré cette montée en puissance, les freins restent nombreux. Le déficit d’infrastructures demeure une réalité dans plusieurs pays où les laboratoires certifiés, les plateformes numériques et les équipements spécialisés restent insuffisants. À cela s’ajoute le manque de financements durables dans des systèmes de santé déjà confrontés à d’importantes tensions budgétaires. La recherche clinique coûte cher et ses retombées ne sont pas toujours immédiates, ce qui pousse certains décideurs à ne pas la considérer comme une priorité.

Les lourdeurs réglementaires constituent également un obstacle majeur. Des procédures longues, parfois fragmentées, ralentissent l’arrivée des projets internationaux et réduisent l’attractivité du continent. Le manque de ressources humaines spécialisées complique aussi la situation. Former des biostatisticiens, des data scientists, des experts en pharmacovigilance ou des attachés de recherche clinique nécessite des investissements académiques importants et une véritable vision à long terme.

À ces défis techniques s’ajoute un enjeu plus sensible : celui de la confiance. Dans certaines populations, la méfiance envers les essais cliniques persiste encore, nourrie par des blessures historiques et par une information souvent insuffisante.

Pourtant, l’enjeu dépasse largement le simple cadre scientifique. Développer la recherche clinique en Afrique signifie permettre aux patients d’accéder plus rapidement aux traitements innovants, réduire les dépenses de santé, renforcer la souveraineté sanitaire des États et créer des emplois hautement qualifiés. Il s’agit aussi de produire des données locales adaptées aux réalités de chaque pays, au lieu de dépendre exclusivement d’études réalisées ailleurs sur des populations différentes.

C’est dans cette dynamique que la FMIIP, en partenariat avec Eshmoun Clinical Research, a organisé, le 15 mai 2026 à Casablanca, un symposium ayant pour thème : « La recherche clinique au service d’un accès rapide aux médicaments innovants, génériques et biosimilaires ».

À cette occasion, Yasmine Lahlou Filali a rappelé que la recherche clinique constitue désormais un levier incontournable dans la transformation du système de santé marocain et dans l’ambition du Royaume de devenir une plateforme régionale d’innovation. Les interventions de Omar Seghrouchni et d’Abdelkrim Meziane Belfkih ont également mis en avant l’importance d’un cadre réglementaire solide, de la protection des données personnelles et de la confiance des patients.

Les échanges qui ont eu lieu pendant et après les deux panels programmés ont permis d’identifier aussi bien les dysfonctionnements que les mécanismes à mettre en place pour développer la recherche clinique au Royaume.

Certes, le Maroc affiche aujourd’hui de grandes ambitions. Encore faut-il que les discours se traduisent par des mesures concrètes, des investissements durables et une stratégie cohérente capable de transformer le Royaume en véritable hub africain de la recherche clinique. Car, dans le domaine de l’innovation médicale, les nations qui hésitent finissent toujours par dépendre de celles qui osent.

(1) Présidente de la FMIIP
(2) Président de la CNDP
(3) Secrétaire général du ministère de la Santé et de la Protection sociale

 

Source : PharmaNEWS